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La gorge nouée les jours de rentrée des classes est une sensation que tout écolier a déjà éprouvée. L'angoisse étreint de nombreux enfants les veilles d'examen, tandis que les relations entre camarades peuvent même devenir des épreuves. Pour la psychiatre Donata Marra de la Pitié Salpetrière (Paris) : « Le milieu scolaire, lieu d'apprentissage tant sur le plan intellectuel que social, se révèle être un des lieux privilégiés d'expression de l'anxiété, qu'elle soit directement générée ou plus simplement révélée par les multiples facettes de la vie scolaire ». Mais au-delà de ces moments d'anxiété, l'école peut révélé des plus profonds troubles anxieux, voire du comportement, lorsque ces derniers se manifestent par une phobie scolaire ou plutôt par un refus scolaire anxieux. La phobie scolaire connaît peut-être une intensité redoublée aujourd'hui où « la réussite scolaire est de plus en plus valorisée ». en savoir +
Citée par le quotidien le Monde, dans son édition du 24 janvier 2007, Jeanne-Marie Urcun, du Ministère de l'Education Nationale indique ainsi : « De l'avis des médecins conseillers techniques de l'éducation nationale, le phénomène serait en augmentation ». Cependant dans un document consacré à la phobie scolaire, l'Académie du Doubs note : « On ne peut affirmer qu'il s'agit là d'une augmentation de la prévalence de cette pathologie chez les adolescents ou préadolescents ou si cette problématique est mieux connue ou reconnue ». Le concept même de « phobie scolaire » peut être discuté et l'on préfère le nommer « refus anxieux de l'école », ce qui ne représente pas un diagnostic mais un symptôme à rattacher à divers troubles anxieux ou du comportement. La description de la « phobie scolaire » et de l'évolution de ce concept nous mènera à en évoquer rapidement le pronostic et les traitements.
Qu'est-ce que la phobie scolaire ?
Alors que Jung évoqua pour la première fois le « refus névrotique » d'aller à l'école en 1913, Broadwin s'attarda en 1932 sur une forme particulière d'école buissonnière. Il observe ainsi que plutôt que de s'égayer dans la nature, certains enfants désertant la classe préfèrent retrouver leur mère, étreint par une « angoisse de séparation ». Le terme de « phobie scolaire », aujourd'hui contesté, est forgé pour la première fois par Adélaïde Johnson en 1941. Les descriptions les plus fréquemment retenues de la phobie scolaire sont celles proposées par Berg en 1969 et par Ajurriaguerra en 1974. Le premier s'attache à critères que sont « la très grande difficulté d'être assidu à l'école, un sévère bouleversement affectif, l'absence de troubles antisociaux » et le fait que « les parents soient au courant ». Ajurriaguerra préfère pour sa part cette définition : « Enfants qui pour des raisons irrationnelles refusent d'aller à l'école et résistent avec des réactions très vives de panique, quand on essaye de les y fo r cer ». Les spécialistes notent qu'il existe « 3 pics de fréquence : la petite enfance (5/6 ans), la pré-adolescence (10/11 ans) et l'adolescence (12/15 ans) ».
Bien que les manifestations varient avec l'âge, le professeur P. Duverger, du service de pédopsychiatrie du CHU d'Angers dans son cours sur les « Troubles anxieux et troubles de l'adaptation chez l'enfant et l'adolescent », observe : « Parfois progressif, le début est le plus souvent brutal : refus de se rendre à l'école ou de pénétrer dans la classe avec manifestations d'angoisses intenses, voire dramatiques, avec réactions de panique, d'autant plus que l'enfant est forcé. Un événement intercurrent est parfois rendu responsable : réprimande d'un professeur, conflit avec un camarade ».
Incidence
Dans une mise au point sur la phobie scolaire, publiée par la revue française Neuronale au printemps 2005, Marie-France Le Heuzey, responsable adjointe de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Robert Debré à Paris, rappelle que « l'absentéisme scolaire est un problème grave qui concernerait 116 000 enfants ». Donata Marra et ses collaborateurs retiennent eux que : « La prévalence de la phobie scolaire est difficile à évaluer avec exactitude. En effet, nombre de ces enfants ne nécessitent qu'une intervention modérée : ils seront vus en consultation par des médecins généralistes ou des pédiatres, et les formes dites mineures ne requièrent aucune autre intervention spécialisée (jusqu'à 4 cas sur 5). La prévalence estimée reste donc modeste, mais non négligeable : 1 % des enfants d'âge scolaire et environ 5 % des consultations en milieu pédopsychiatrique ». Notons que les filles et les garçons sont pareillement touchés par la phobie scolaire.
Un concept discuté
Comme le suggèrent les premières descriptions de la « phobie scolaire » par Broadwin, cette notion a d'abord été rattachée à celle « d'anxiété de séparation ». La phobie scolaire semblait concerner les enfants présentant des angoisses irrationnelles à l'idée d'être séparés de leur mère. M.-F. Le Heuzey remet en question cette séparation et rappelle les résultats de l'étude d'Eger. L'observation de cet auteur, réalisée auprès d'un échantillon de 1 422 enfants de 9 à 16 ans scolarisés en Caroline du Nord, met en évidence que le refus anxieux de l'école (environ 2 % des écoliers), l'école buissonnière (6,2 %) et les formes mixtes (0,5 %), sont tous trois associés à des désordres psychiatriques. M.-F. Le Heuzey explicite :« Le refus scolaire anxieux est associé avec la dépression et l'anxiété de séparation ; l'école buissonnière est associée avec le trouble oppositionnel, le trouble des conduites et la dépression ; les enfants présentant une forme mixte souffrent d'un trouble psychiatrique dans 82 % des cas ». Si M.-F. Le Heuzey présente le refus anxieux de l'école comme un symptôme et non un diagnostic, d'autres s'interrogent sur le caractère de la phobie scolaire et cherchent dans quelle mesure l'école représente le objet réel de l'angoisse.
Un symptôme associé à différents diagnostics
Il faudrait donc observer Le « refus scolaire anxieux » comme un symptôme et non un diagnostic. M.-F. Le Heuzey passe en revue les différents diagnostics à évoquer, qui ne se limitent pas à la seule anxiété de séparation, qui serait cependant en cause dans 40 % des phobies scolaires selon le cours du Dr Bérengère Beauqier-Macotta. L'anxiété généralisée, la phobie scolaire, les troubles obsessionnels compulsifs, mais aussi les peurs liées aux troubles des apprentissages doivent également être évoqués. Dans ce dernier cas, la phobie scolaire peut permettre de dépister une dyslexie ou une dyscalculie. Le refus anxieux de l'école peut aussi suivre un stress post-traumatique, après un incident grave à l'école, comme il peut révéler un trouble alimentaire, quand l'enfant craint la cantine. On notera enfin que certains évoquent des « similitudes psychopathologiques entre les adolescents phobiques scolaires et les adolescents suicidants ».
Contexte familial et scolaire
Les divers diagnostics de refus anxieux de l'école ne suffisent pas identifier un contexte familial à risque. Deux situations opposées peuvent être préjudiciables : soit une trop grande indulgence des parents vis à vis de l'absentéisme de leur enfant, soit leur sur-investissement dans l'école. Par l'importance qu'elles accordent à la réussite scolaire, certaines familles peuvent ainsi augmenter le symptôme de « phobie scolaire ».
Quelle est l'évolution de la phobie scolaire ? Pronostic
Bien que les phobies scolaires ne connaissent pas toutes une évolution défavorable, les spécialistes conseillent de prendre en charge les enfants et adolescents présentant un refus anxieux de l'école. Ainsi, le professeur P. Duverger retient que : « Schématiquement, 30 à 50 % des phobies scolaires ont une évolution favorable, 30 % ont une évolution marquée par la persistance de difficultés névrotiques et 20 à 30 % ont une évolution défavorable » et insiste : « Toute phobie scolaire doit faire l'objet d'une prise en charge ». De son côté, M.-F. Le Heuzey indique que « des études ont montré que la moitié des enfants ayant eu un refus de l'école ont à long terme un niveau académique inférieur à un groupe de comparaison ».
Traitement et but de la prise en charge
Le choix du traitement devra évidemment s'adapter au diagnostic posé. La majorité des auteurs conseille la thérapie cognitivo-comportementale avant la médicamenteuse, voire l'hospitalisation. L'objectif est le retour à l'école aussi les auteurs récusent-ils massivement la scolarisation à domicile. Une fois l'enfant revenu à l'école, les enseignants, l'infirmière scolaire, le médecin traitant et les parents doivent collaborer.
Adaptation des structures
Les pédopsychiatres déconseillent les cours par correspondance, lesquels offrent cependant un rempart contre une rupture scolaire totale. L'Académie du Doubs note ainsi que « la condition obligatoire est de s'inscrire dans un projet construit et non pas dans des réponses ponctuelles au coup par coup ». La scolarisation à domicile peut ainsi répondre aux périodes de déscolarisation ou permettre de préparer une reprise des cours. Au lycée Chateaubriand à Rennes, le proviseur adjoint de l'annexe pédagogique a pour sa part choisi d'offrir une classe spécialement dédiée aux enfants présentant un « refus anxieux de l'école ».
Aujourd'hui préféré à la « phobie scolaire » et concept discuté, le « refus anxieux scolaire » est à la fois le symptôme de divers troubles anxieux de l'enfant et de l'adolescent, mais peut-être celui d'une société qui a fait de la réussite scolaire une quête obsessionnelle. - Dossier réalisé par Aurélie Haroche
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